Article publié le 2016-08-16 par Alain Traoré Dossier
Dossier Mali : Politique - Un pays en phase avec son histoire [05-2016]
Ibrahim Boubacar Keïta par Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons - CC BY-SA 3.0

L’histoire et la vie politique du Mali ont été jalonné de hauts et de bas. Ayant accédé à l’indépendance en 1960, ce pays d’Afrique de l’Ouest a été confronté à des successions de coups d’état. Aujourd’hui, la normalisation est en cours, même si quelques soubresauts jihadistes font craindre de temps à autre, une déstabilisation.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la vie politique reprend au Soudan français. La France souhaite l’intégration d’Africains à la vie politique. Deux collèges sont créés, un pour les citoyens français, les colons, l'autre pour les autochtones. Ce deuxième collège, plus important numériquement, comprend 4 groupes principaux d'électeurs: les fonctionnaires et les agents de l'administration ; les anciens militaires ; les notables et les chefs indigènes ; les titulaires d'un diplôme de l'enseignement à partir du Certificat d'études primaires. La première élection se déroule le 21 octobre 1945, quatorze candidats se présentent. Fily Dabo Sissoko, instituteur soutenu par l'administration et les chefs traditionnels arrive en tête avec 10 406 voix, suivi de Mamadou Konaté (2 905 voix,), Ibrahim Sall (1 433 voix,) et Modibo Keïta (937 voix). Le Parti démocratique soudanais, proche du Parti communiste français et le Bloc démocratique soudanais, officiellement proche de la SFIO mais qui se rapproche du PCF, sont créés respectivement les 6 et 26 janvier 1946. Le Parti progressiste soudanais (PSP) est créé le 13 février 1946, constitué essentiellement de notables locaux, les chefs de canton désignés par le colonisateur. Le Rassemblement démocratique africain (RDA) tient son congrès constitutif à Bamako du 18 au 21 octobre 1946 et le lendemain, sa section soudanaise, l'Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain voit le jour par la fusion du Bloc démocratique soudanais et du Parti démocratique soudanais. Mamadou Konaté devient Président et Modibo Keïta secrétaire général de ce nouveau parti. Le PSP de Fily Dabo Sissoko domine dans un premier temps grâce à son implantation sur l’ensemble du territoire. Aux élections législatives de novembre 1946, la liste du PSP obtient deux députés, et aux élections législatives trois députés contre un seul pour l’US-RDA. Mais en quelques années, l’US-RDA va s’imposer. Il arrive en tête aux premières élections municipales organisées à Bamako le 12 avril 1953 ainsi qu’aux élections municipales du 18 novembre 1956. Modibo Keïta devient le premier maire élu de Bamako. Et aux élections pour l’Assemblée territoriale soudanaise de mai 1957, l’US-RDA obtient 35 députés, le PSP cinq. Dès 1959, une grande partie des membres du PSP décide de rejoindre l’US-RDA, faisant de ce dernier un parti unique de fait.

L’avènement du multipartisme

En 1979, le Parti malien pour la démocratie et la révolution (PMDR) appelle, lors de sa conférence de Tombouctou en 1979, «  les patriotes et démocrates maliens  » à s’unir pour combattre le régime de Moussa Traoré. En 1984 est créé le Front démocratique des patriotes maliens, en 1986 le Front national démocratique populaire (FNDP) qui comprend le Parti malien du travail (PMT), le PMDR, le PDPM, rejoint en 1989 par l'US-RDA. L'Union nationale des travailleurs du Mali tient son conseil central extraordinaire les 28 et 29 mai 1990 et déclare : «  Considérant que le parti unique constitutionnel et institutionnel ne répond plus aux aspirations démocratiques du peuple malien ; […] le conseil central extraordinaire rejette en bloc le dirigisme politique qui entrave le développement de la démocratie au Mali […] opte pour l'instauration du multipartisme et du pluralisme démocratique  ».

Le 15 octobre 1990 est créée l'Association des jeunes pour la démocratie et le progrès (AJDP). Le 18 octobre 1990, le Comité nationale d'initiative démocratique (Cnid) est créée à Bamako par Mountaga Tall et Demba Diallo, afin d’agir à visage découvert pour le multipartisme. Une semaine plus tard, le 25 octobre 1990, l’Alliance pour la démocratie au Mali est créé par des militants du PMT, du PMDR, du FDPM et de l’US-RDA38 créent l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma), présidée par Abdrahamane Baba Touré.

Le fruit de la lutte

Ces associations vont mobiliser la population, en organisant des marches à Bamako et dans d’autres villes du pays. Le 10 décembre 1990, le Cnid organise une manifestation pacifique qui réunit 10 000 personnes à Bamako40. Le 30 décembre 1990 une marche unitaire est organisée par le Cnid et l’Adéma à Bamako. Entre 30 000 à 50 000 personnes y participent. Le régime interdit d’activité l’Adéma et le Cnid le 18 janvier 1991. Le 18 janvier 1991, une nouvelle manifestation est organisée à Bamako. Mountaga Tall, le leader du Cnid est blessé par un tir de grenade lacrymogène. Le lendemain, une manifestation a lieu à Ségou. Le 3 mars 1991, une marche unitaire rassemble le Cnid, l’Adéma, l’Association pour la justice, la démocratie et le progrès (AJDP) et la Jeunesse libre et démocratique (JLD). Le 17 mars 1991, l’Adema, le Cnid et l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) organisent une marche silencieuse en souvenir de Cabral, leader étudiant assassiné le 17 mars 1980.

Le Comité de coordination des associations et des organisations démocratiques, communément appelé Mouvement démocratique voit le jour le 22 mars 1991. Il est constitué par le Cnid, l’Adéma, l’AJDP, le JLD, l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), l’Association malienne des droits de l'homme (AMDH), l’AEEM et le barreau. Le 26 mars 1991, Moussa Traoré est arrêté par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré. Un comité de réconciliation nationale est formé par les militaires. Grâce à des élections présidentielles libres et transparentes, Ibrahim Boubacar Keïta devient Président de la république. Le Mali est désormais sur la voie de la démocratie.

Quelques-unes des grandes dates de l'histoire du Mali de la proclamation de l'indépendance à la célébration du cinquantenaire en 2010

De 1959 à nos jours, l'histoire du Mali a été jalonnée par les grandes dates de son indépendance, depuis la création de la fédération du Mali à la célébration du cinquantenaire de l'indépendance, nous vous proposons quelques grandes, sélectionnées par la rédaction :

17 janvier 1959 : Création de la Fédération du Mali, regroupant la République soudanaise et le Sénégal

20 juin 1960 : La Fédération du Mali devient un état indépendant dont la capitale est Dakar

20 août 1960 : Le Sénégal se retire

22 septembre 1960 : Proclamation à Bamako de l’indépendance de la République soudanaise sous le nom de Mali. Modibo Keïta est nommé Président de la République. Adoption d’une Constitution

Septembre 1960 : Le Congrès extraordinaire du parti au pouvoir, l’Union soudanaise-RDA (Rassemblement démocratique africain) opte pour un état socialiste

13 mai 1964 : Réélection de Modibo Keïta

22 août 1967 : Dissolution du bureau du parti US-RDA. Le Comité national de défense de la révolution (CNDR) assume les pleins pouvoirs

19 novembre 1968 : Coup d’État militaire. Modibo Keïta est renversé par le lieutenant Moussa Traoré

19 septembre 1969 : Moussa Traoré remplace Yoro Diakité à la présidence.

2 juin 1974 : Référendum pour l’adoption d’une nouvelle Constitution

16 mai 1977 : Mort en détention de Modibo Keïta

19 juin 1977 : Élections présidentielles et législatives. Moussa Traoré est élu Président de la République, Mady Sangaré est Président de l’Assemblée nationale

9 juin 1985 : Élections présidentielle et législatives. Moussa Traoré est réélu Président 18 octobre 1990 : Constitution d’un Comité national d’initiative démocratique (CNID) qui réclame l’instauration du multipartisme

26 mars 1991 : Coup d’État militaire. Les forces armées se constituent en Conseil de réconciliation nationale (CRN), sous la conduite du lieutenant-colonel Amadou Toumany Touré

30 mars 1991 : Création du Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) après accord entre le CRN et les associations et organisations luttant pour la démocratie.

31 mars 1991 : Dissolution du CRN. Amadou Toumany Touré est nommé Président du CTSP

6 avril 1991 : Instauration du multipartisme

12 janvier 1992 : Adoption par référendum du projet constitutionnel instaurant le pluralisme politique et un système présidentiel.

12/26 avril 1992 : Élections présidentielles. Alpha Oumar Konaré (de l’ADEMA) est élu

17 mai 1997 : Élections présidentielles. Alpha Oumar Konaré est réélu

31 décembre 2002 : Le Président Alpha Oumar Konaré annonce la tenue des élections présidentielles avant les législatives en avril 2002.

8 juin 2002 : ATT est élu Président du Mali

8 juin 2007 : ATT est réélu Président du Mali pour un second mandat

Sources : http://www.etat.sciencespobordeaux.fr/chronologie/mali.html